Dr Éric Chavigny, nouveau président de la FNMR : « Les vraies économies sur l’imagerie sont dans le diagnostic précoce »

Par François Petty – Publié le 06/07/2026

Le Dr Éric Chavigny vient de prendre officiellement la tête de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR). Le spécialiste de 59 ans, qui exerce en secteur 1 à Dax (Landes), dévoile les priorités de son mandat pour la défense de la profession et sa stratégie pour éviter de nouvelles baisses tarifaires en imagerie.

Crédit photo : Dr Imago

LE QUOTIDIEN : Votre élection intervient dans un contexte compliqué pour le secteur de l’imagerie. Ce 1er juillet a vu une nouvelle vague de décotes tarifaires de la part de l’Assurance-maladie. Quelle est votre réponse ?

DR ÉRIC CHAVIGNY : Le chantier est immense pour arriver à faire comprendre que la radiologie n’est pas uniquement une ligne de dépenses. C’est surtout un outil, une spécialité qui permet d’améliorer la prise en charge des patients. Du bon usage de la radiologie dépend à la fois la santé des patients mais aussi le coût de prise en charge.

Si on arrive à faire des diagnostics précoces, on arrivera à diminuer le coût de cette prise en charge. Mais c’est un paramètre qui est difficile à faire comprendre à l’Assurance-maladie. Pour cette dernière, il est beaucoup plus simple de faire baisser les tarifs que d’essayer de faire changer les comportements et d’optimiser les parcours des patients parce que cela nécessite une implication de tous : à la fois des demandeurs d’examens, des radiologues mais aussi de la Cnam.

Vous alertez sur les effets pervers de cette logique court-termiste…

Le risque à l’arrivée, c’est que les baisses de tarifs qu’on nous impose ne se traduisent pas véritablement par des économies pérennes. Sur le moyen terme, cela va générer d’autres dépenses qui coûteront beaucoup plus cher à la Cnam. Si on n’arrive pas à maintenir une offre d’imagerie suffisante, on va avoir des retards de prise en charge des patients et donc des diagnostics plus tardifs. Et c’est ça qui coûte cher. Les vraies économies sont plutôt dans le diagnostic précoce, c’est ce qu’on essaye de faire comprendre.

La fin de non-recevoir de la part du directeur général de la Cnam, Thomas Fatôme, peut-elle remettre en question le dialogue conventionnel ?

Je ne pense pas que cela traduise une fin de non-recevoir de la part de la Caisse. Simplement, on a un directeur général qui fait face à des demandes de Bercy avec des économies à réaliser de manière très rapide. Il est sous une double injonction : la réalisation d’économies rapides et la demande de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, d’essayer de remplacer des baisses tarifaires par des mesures de pertinence, après le mouvement généralisé de grève des médecins libéraux au début de l’année. C’est difficile à concilier. Le plus simple pour le DG était de laisser courir le plan décidé à l’automne 2025 qui porte sur au moins 300 millions d’euros d’économies sur trois ans.

Pourtant, la FNMR avait fait des propositions de pertinence…

Oui, en mars 2026, nous étions déjà à 200 millions d’euros d’économies. On espérait qu’en proposant un plan de pertinence ambitieux, portant sur 320 millions d’euros d’économies à réaliser sur les scapulalgies, les rachialgies, les gonalgies et les céphalées, nous éviterions ces baisses tarifaires du 1er juillet. D’autant que sur ces dépenses d’imagerie, on rajoutait des économies sur les arrêts maladie en réalisant, de manière rapide, des bilans ou des traitements pour des patients en arrêt. On avait calculé qu’en diminuant d’environ cinq jours les délais d’attente, on récupérait 140 millions d’euros sur les IJ pour les pathologies ostéo-articulaires.

Qu’a répondu la Cnam ?

Que c’était une piste intéressante, mais le DG n’a pas souhaité reprendre cette idée dans l’immédiat car il avait déjà mis en place le dispositif SOS IJ. Pour déployer ces plans d’économies, on avait proposé en regard un plan d’investissement ciblé pour revaloriser le Z radiologique et réautoriser la facturation au-delà du deuxième acte. Nous n’avons pas réussi à trouver d’accord, on le regrette mais on va continuer à travailler pour proposer des mesures intelligentes pour diminuer les dépenses de santé sans baisser les tarifs.

Comme, par exemple ?

Nous sommes de fervents défenseurs des plateaux d’imagerie médicale ambulatoires de proximité (Pimap), ces centres de radiologie équipés de toutes les techniques d’imagerie et qui travaillent en coordination avec les médecins de ville et les CPTS pour s’occuper des patients à la fois en amont et en aval des établissements. Ce type de structures permettent d’éviter le recours systématique aux urgences ou aux hospitalisations. En outre, ce modèle organisationnel ne coûte pas plus cher, ni à l’État ni à l’Assurance-maladie, puisque ces structures sont financées par les radiologues libéraux uniquement avec l’activité d’imagerie qu’ils réalisent sur ces centres.

Quelles sont vos autres ambitions durant votre mandat ?

Je souhaite rassembler les radiologues libéraux et porter la preuve de l’intérêt médico-économique de la radiologie dans le parcours de soins. En ce sens, la FNMR va créer un Observatoire national de l’imagerie médicale dont le but sera de réaliser des études médico-économiques faisant appel aux différents intervenants du secteur : hospitaliers, directeurs d’établissements, fournisseurs… Un tel outil n’existe pas aujourd’hui et nous fournira des éléments objectifs pour discuter avec nos interlocuteurs.

Propos recueillis par François Petty